Sondage

Pour ou contre une journée sans viande ?
 

Partenaires

 Gand Gand (Belgique)

 

vegetarisme.fr 

 

Tous les partenaires de

la campagne

« Lundi Jour Végétarien »

           [Partenaires]

PDF Imprimer

Cette Interview se trouve également sur le blog de Veg Mag

 

 

Une ville belge végétarienne, une fois par semaine

 

 

Encourager la population à manger moins de viande. Faire découvrir aux consommateurs une autre forme d’alimentation plus saine, plus variée et plus respectueuse de l’environnement. Voilà l’objectif que s’est fixé l’association végétarienne belge néerlandophone EVA (Ethisch Vegetarisch Alternatief) en mettant sur pied la campagne des jeudis sans viande (Donderdag Veggiedag).

Une première grande victoire peut s’inscrire désormais dans cette campagne : depuis le 13 mai 2009, la ville de Gand a proclamé officiellement le jeudi journée végétarienne.

Tout cela à l’initiative d’un homme, Tom Balthazar, conseiller municipal à Gand, qui a su prêter une oreille attentive aux arguments que les végétariens défendent depuis tant d’années. Rencontre.

 

Propos recueillis par Delphine Abdelmoula


 

Monsieur Balthazar, pouvez-vous nous expliquer comment est venue l’idée d’instaurer ces jeudis végétariens dans votre ville ?

 

Il s’agit d’une initiative en collaboration avec l’association EVA. Ils ont pris contact avec notre service de santé et de l’environnement et de là est née cette idée.

 

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à mettre cette campagne en place ?

 

La ville de Gand se veut progressiste et ouverte d’esprit. Cette campagne s’inscrivait parfaitement dans notre volonté de faire de la ville de Gand un ‘exemple’ en matière d’environnement durable. Nous avons donc voulu encourager la population à manger moins de viande, et ce pour 5 raisons :


- l’environnement : EVA nous a expliqué que la production de viande à grande échelle est responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre. Elle nous a également expliqué que si les 240 000 habitants de Gand arrêtaient de manger de la viande pendant une journée par semaine, au bout d’une année, cela équivaudrait à 20 000 voitures qui ne rouleraient plus !

- la famine : nous savons qu’il faut 7 à 10 kg de céréales et 15 000 litres d’eau pour produire 1kg de viande.

- la santé : nous voulons diminuer les effets nocifs de l’obésité qui ne cesse de se développer et également montrer que manger de la viande tous les jours peut être très nocif.

- le bien-être et les droits des animaux : nous voulions faire quelque chose pour réagir aux conditions inacceptables dans lesquelles les animaux sont traités dans l’industrie de la viande.

- et enfin, nous voulions également prouver que la nourriture végétarienne peut être très bonne et très variée, contrairement à certaines idées reçues.

 

Concrètement, comment s’est traduite cette campagne ?

 

Pour notre premier jeudi sans viande, le 13 mai, nous avons mis en place toute une série de choses dont trois principales :

 

- un menu végétarien dans tous les restaurants du personnel de la ville

- une campagne de sensibilisation avec distribution de tracts, des cours de cuisine végétarienne, des - séances d’information, etc.

- et, à partir de septembre, les écoles primaires de la ville serviront un repas végétarien aux enfants tous les jeudis.

 

 


Par la suite, nous souhaiterions également inciter d’autres institutions, comme les hôpitaux par exemple, à suivre notre exemple en proposant un repas végétarien par semaine aux patients. Nous souhaiterions également inciter les autres restaurants de la ville à proposer au moins un menu végétarien. Par exemple, l’une des meilleures brasseries de la ville, la brasserie Pakhuis, a proposé un menu végétarien à ses clients pour notre premier jeudi sans viande.

 

Avez-vous rencontré des obstacles dans la mise en place de cette campagne ?

 

En général, les réactions étaient plutôt positives. Ils y avaient peut-être quelques personnes qui revendiquaient leur droit à manger ce qu’ils veulent, mais nous leur avons expliqué que nous n’obligions personne bien entendu.

Certains parents ont également émis des réticences, il estimaient que c’était à eux, et pas à nous, de décider de ce que mangeraient leurs enfants. Mais, que ce soit un steak, un hamburger ou des légumes, ce ne sont de toute façon jamais eux, mais bien l’école qui décide du repas qu’elle sert aux enfants !

De plus, nous n’enlevons aucun droit à personne, si quelqu’un souhaite tout de même recevoir un repas à base de viande, il suffit qu’il en fasse la demande au préalable.


Et dans votre entourage politique, quelle a été la réaction ?

 

Nous n’avons rencontré aucune grande réticence. Certains ont parfois rigolé, mais au vu de l’ampleur qu’a pris cette campagne, je crois qu’ils en rigoleront moins dorénavant.


Quelle ampleur a pris cette campagne justement ?

 

J’ai été contacté par des journalistes des quatre coins du monde : de la Belgique à la Nouvelle-Zélande, en passant par l’Italie, l’Espagne, la Suède…j’ai même été interviewé par la BBC !

C’est certain qu’on ne s’attendait pas à cela.


Estimez-vous que cette première journée fut un succès ?

 

Nous avons commencé la journée par une petite manifestation. Les gens avaient la possibilité de signer une sorte de tract où ils s’engageaient à ne plus manger de viande le jeudi. Nous avons récolté pas moins de 300 signatures ! Quand on se dit que plus de 300 personnes se sont déplacées, un jeudi à midi, pour cette occasion, oui, on peut dire que cela a été un succès !


Pourquoi l’association EVA a-t-elle choisi la ville de Gand ?

 

Tout d’abord, EVA a ses bureaux dans notre ville, et y est reconnue et prise au sérieux. Ensuite, il faut savoir que Gand est une ville qui veut prendre des initiatives dans ce domaine, la tradition végétarienne y est déjà bien implantée. Par exemple, nous recensons 13 restaurants végétariens. Selon EVA, cela fait de Gand la ville avec le nombre de restaurants végétariens le plus élevé d’Europe, proportionnellement au nombre d’habitants !


Pensez-vous que cette initiative va s’étendre à d’autres villes belges ?

 

J’ai entendu dire que certains conseillers communaux souhaiteraient faire de même. Mais je ne sais pas si cela se fera vraiment.


Si nous souhaitons mettre en place une campagne similaire en France, quel conseil pourriez-vous nous donner ?

 

Commencer par convaincre quelques fonctionnaires (rires) !

Mais surtout bien expliquer que cela ne constitue en rien une atteinte à la liberté des consommateurs que de les encourager à manger moins de viande.